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Opinions actuelles sur la récupération

Dans le cadre d’une récente recherche, Nash et Sproule (2018) ont demandé à des entraîneurs leur point de vue sur la récupération suite à l’entraînement. Bien que la récupération soit largement reconnue comme étant d’une importance cruciale, les résultats de la recherche ont révélé que peu d’entraîneurs pensent à la récupération psychologique et cognitive avec la même profondeur et la même importance que les aspects physiques de la récupération. L’une des raisons de la différence de la façon dont on traite les facteurs de stress psychologique est qu’ils sont souvent considérés comme distincts et isolés des facteurs physiques, ce qui reflète peut-être des opinions persistantes mais dépassées sur le dualisme corps-esprit. Cependant, ne gérer que les éléments physiques de l’entraînement revient à tenter de résoudre un casse-tête en ne retournant que la moitié des pièces. Le présent article vise à examiner comment les facteurs de stress psychologique affectent l’entraînement et comment les entraîneurs peuvent commencer à gérer délibérément ce type de charge psychologique.

Les effets de la charge psychologique

Bien qu’il soit tentant de considérer le stress comme physique ou psychologique, les deux sont intimement liés. Par exemple, Kiely (2018) a résumé une série d’études qui ont révélé des taux de blessures plus élevés chez les athlètes présentant des niveaux plus élevés d’anxiété avant la saison, un stress scolaire élevé pendant les périodes d’examens et des facteurs de personnalité liés au stress comme le perfectionnisme et la culpabilité personnelle. De plus, le stress émotionnel a affaibli les gains liés à l’entraînement en matière de puissance cardiovasculaire et maximale, de force musculaire et de gains de course à pied. Bien qu’il soit souvent considéré séparément, le stress émotionnel démontre constamment des conséquences physiques dans le contexte de l’entraînement sportif.

L’incidence des facteurs psychologiques ne se limite pas au stress émotionnel mais s’applique au stress lié aux exigences du traitement cognitif (c.-à-d. la prise de décisions). Pour aider à simplifier les similitudes entre les émotions et la prise de décisions, nous suggérons d’utiliser le terme charge psychologique, semblable à l’idée de la charge d’entraînement. Contrairement aux connotations négatives du stress dans le langage de tous les jours, parler de charge psychologique permet d’avoir une vision plus équilibrée de son influence nuancée sur l’apprentissage et la performance des athlètes. Par exemple, l’augmentation de la charge psychologique pendant un entraînement en augmentant la complexité d’un exercice et en ajoutant des éléments de prise de décisions entraîne une meilleure rétention de l’apprentissage et un transfert des connaissances à la compétition. Cependant, il y a une limite aux avantages d’augmenter la charge. Smith et coll. (2015) ont montré qu’une tâche de 90 minutes de temps de réaction avant l’entraînement se traduisait par une meilleure évaluation de l’effort perçu et une exécution plus lente à chaque étape d’une tâche de course à intervalle maximal. Cela peut s’expliquer en partie par la théorie de l’épuisement de l’ego, qui dicte simplement que les gens ont une quantité limitée de ressources cognitives, et lorsque ces ressources sont épuisées, nous connaissons des troubles du contrôle cognitif, de l’autorégulation et de l’apprentissage (voir l’étude de Thompson et coll. de 2014 sur l’épuisement de l’ego et l’apprentissage implicite). Dans l’ensemble, ces données montrent que la charge psychologique peut être à la fois bénéfique et préjudiciable, selon la façon dont elle est imposée, le moment où elle l’est et le degré auquel elle l’est. Les conséquences dépendent de la façon dont la charge est gérée.

Planification de la réadaptation psychologique

Lorsque la charge psychologique est considérée comme une autre variable de l’entraînement, on peut tirer des leçons sur sa gestion à partir de la façon dont les charges d’entraînement sont organisées. Les entraîneurs utilisent généralement une certaine forme de périodisation pour déterminer le type, le volume et l’intensité de la charge d’entraînement d’un athlète, et ces mêmes idées de base peuvent être appliquées sur le plan psychologique. Par exemple, de nombreux entraîneurs concentrent leurs pratiques de début de saison sur l’apprentissage de nouvelles habiletés et stratégies, puis se concentrent sur le perfectionnement et la performance à l’approche des compétitions de fin d’année. Cette même stratégie peut s’appliquer à la charge psychologique en imposant beaucoup de stress perceptivo-cognitif au début de la saison et en l’atténuant pour tenir compte du stress cognitif et émotionnel plus élevé pendant la compétition. Des variations similaires peuvent être planifiées chaque mois, chaque semaine ou même chaque jour (voir le tableau 1) et peuvent être gérées de façon proactive à l’aide de divers outils de mesure. Les mesures formelles peuvent aller de questionnaires sur le stress émotionnel (p. ex. RESTQ-Sport de Kellmann et Kallus) à la nouvelle pratique de quantification de la complexité d’un exercice (p. ex. Buszard et coll., 2017). Même l’information informelle recueillie dans les conversations quotidiennes avec les athlètes peut être extrêmement utile lorsqu’on commence à tenir compte de ces facteurs.

Tableau 1 : Gestion de la charge psychologique

Période de temps Exemple
Cycle annuel Comment votre athlète réagit-il aux examens ou aux vacances en famille? Comprenez le stress et les éléments apaisants des différents éléments saisonniers de l’horaire et planifiez en conséquence.
Cycle mensuel Comment faites-vous progresser la charge psychologique dans votre programme? Tout comme vous augmentez le volume ou l’intensité pendant un mois, essayez de développer les exigences cognitives ou émotionnelles d’une tâche pendant deux à trois semaines avant d’avoir une « semaine de repos » plus facile.
Cycle hebdomadaire Comment la charge psychologique d’hier affectera-t-elle celle d’aujourd’hui? Envisagez de donner suite aux pratiques à forte charge psychologique en tenant des pratiques à faible charge (p. ex. jeux, habiletés/stratégies bien pratiquées).
Cycle quotidien Votre athlète est-il une personne plus active le matin ou en soirée? Planifiez vos tâches exigeantes sur le plan perceptivo-cognitif (p. ex. l’apprentissage d’une nouvelle compétence ou d’une nouvelle stratégie) en fonction du moment où ils seront plus alertes.

La fréquence à laquelle les variables d’entraînement sont cycliques dépend de la capacité de l’athlète à équilibrer le stress et la récupération, un équilibre qui peut être aidé par l’utilisation ciblée d’activités spécifiques de récupération. Par exemple, il est courant d’attendre 48 heures entre les séances d’entraînement musculaire, mais cela peut changer selon l’athlète et l’utilisation de modalités de récupération comme les bains de glace ou les interventions nutritionnelles individualisées. En revanche, le rétablissement psychologique est souvent considéré d’un point de vue non interventionniste, avec l’hypothèse que les cycles normaux de la vie quotidienne offrent le meilleur rétablissement. Bien que cela soit bien intentionné, le rétablissement psychologique a le potentiel de bénéficier d’un recours accru à des approches plus délibérées.

La récupération délibérée

La récupération délibérée est la mise en œuvre délibérée d’activités de récupération visant à améliorer l’adaptation et le rendement de l’entraînement. Alors que nous commençons à peine à examiner formellement ce concept, il existe des histoires de longue date au sujet de travailleurs performants dans divers domaines (p. ex. artistes, écrivains, scientifiques) qui organisent leur horaire de travail afin de tirer le meilleur parti des siestes stratégiques ou des marches-santé à des moments précis (voir Peak Performance par Brad Stulberg et Steve Magness pour un survol de la question). L’utilisation de la récupération délibérée commence par la compréhension des charges d’entraînement; si vous connaissez la charge imposée, vous pouvez adapter votre récupération en fonction de celle-ci. L’appariement du type et du moment des activités de récupération avec les charges psychologiques permet une restauration plus efficace des capacités de performance. Par exemple, pour rétablir la pleine capacité de performance après un jeu émotionnellement stressant ou une pratique exigeante sur le plan cognitif, la pratique subséquente doit être moins exigeante sur le plan psychologique, que ce soit en exécutant des habiletés déjà acquises, en ajoutant des jeux amusants, ou même en s’entraînant au repos.

La récupération délibérée peut sembler être un appel à structurer et à planifier chaque seconde de la vie d’un athlète, en le faisant passer du bain froid au studio de méditation. Cependant, une approche délibérée des activités de récupération, particulièrement lorsqu’il s’agit de la récupération psychologique et émotionnelle, n’est pas une tentative de robotisation de l’athlète. Le degré d’organisation qu’un athlète peut tolérer sera déterminé par de nombreux facteurs tels que ses préférences personnelles, son âge, sa vie personnelle, son niveau d’habileté et sa culture sportive (certains sports sont plus régimentaires que d’autres), ainsi que sa capacité à réguler son entraînement et sa récupération. Le coût d’une approche de rétablissement trop structurée ou inadaptée est un autre aspect de la charge psychologique à prendre en compte. Le rétablissement délibéré est simplement une reconnaissance de l’importance de la charge psychologique comme variable d’entraînement et de la nature holistique du stress et de l’adaptation. Ces caractéristiques doivent faire l’objet d’un traitement ciblé.

Principales conclusions

Il est facile de considérer les charges placées sur le corps et l’esprit comme distinctes, mais en réalité elles sont étroitement liées, ce qui signifie que les mesures d’adaptations d’entraînement réussies dépendent tout autant de la gestion des charges psychologiques que physiques. Tout peut imposer une charge psychologique, des facteurs de stress émotionnel au traitement cognitif d’une séance d’entraînement exigeante. Prévoyez des périodes de forte charge psychologique et réévaluez quotidiennement les exigences de vos pratiques en fonction de l’état psychologique réel et de la capacité de vos athlètes.


A propos de(s) l'auteur(s)

Stuart Wilson (@SGWilson92) est étudiant au doctorat en sciences de l’activité physique à l’Université d’Ottawa. Sa recherche porte sur les facteurs qui influencent le développement à long terme de l’expertise des athlètes, y compris la récupération, l’autorégulation et l’acquisition d’habiletés. Son travail s’appuie sur son expérience universitaire et professionnelle au sein de divers organismes de sport, dont Hockey Canada, Canoë-Kayak Canada et l’Institut canadien du sport de l’Ontario, et a pour but d’améliorer les résultats et les expériences de développement des athlètes.

Joe Baker (@bakerjyorku) est professeur de sciences du sport à l’Université York. Depuis plus de deux décennies, il examine les facteurs qui influent sur le développement et la performance à long terme des athlètes de haut niveau. Il travaille actuellement avec plusieurs organismes nationaux et provinciaux de sport au Canada (p. ex. Basketball en fauteuil roulant Canada, Golf Canada, le Comité paralympique canadien, l’Institut canadien du sport de l’Ontario) pour améliorer les modèles de développement des athlètes et la mise en œuvre d’approches fondées sur des données probantes en matière d’acquisition d’habiletés.

Nick Wattie (@wattien) est professeur adjoint à la Faculté des sciences de la santé de l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario. Ses chercheurs ont étudié divers facteurs liés à l’identification et au développement des talents dans le sport, au développement de l’expertise, à l’acquisition d’habiletés et au développement positif des jeunes par le sport. Il a travaillé avec certains organismes de sport et a tenu des consultations avec eux, dont Basketball en fauteuil roulant Canada, l’Institut canadien du sport de l’Ontario, le Comité paralympique canadien et Ontario Soccer.

Références

Buszard T., Reid M., Krause L., Kovalchik S., Farrow D. Quantifying contextual interference and its effect on skill transfer in skilled youth tennis players. Frontiers in Psychology. 2017; 8(1931). doi: 10.3389/fpsyg.2017.01931

Kellmann M. Preventing overtraining in athletes in high-intensity sports and stress/recovery monitoring. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports. 2010; 20(Suppl. 2): 95-102. doi: 10.1111/j.1600-0838.2010.01192.x

Kiely J. Periodization theory: Confronting an inconvenient truth. Sports Medicine. 2018; 48(4): 753-764. doi: 10.1007/s40279-017-0823-y

Nash C., Sproule N. What do sport coaches know about recovery? In Kellmann M., Beckmann J., eds., Sport, Recovery, and Performance: Interdisciplinary Insights (p. 201-220). Abingdon: Routledge, 2018.

Smith MR., Marcora, SM., Coutts AJ. Mental fatigue impairs intermittent running performance. Medicine & Science in Sports & Exercise. 2015; 47(8): 1682-1690. doi: 10.1249/MSS.0000000000000592

Stulberg B., Magness S. Peak Performance. New York, NY: Rodale, 2017.

Thompson KR., Sanchez DJ., Wesley AH., Reber PJ. Ego depletion impairs implicit learning. PLOS ONE. 2014. doi: 10.1371/journal.pone.0109370


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