Le centre de documentation pour le sport
Le centre de documentation pour le sport

« … en tant que mère, c’est très facile de communiquer vos attentes à vos enfants. Mais il est plus difficile de leur montrer vos attentes. Je pense que l’avantage de Nager ensemble est de me faire sentir bien dans ce que je montre à mes enfants. »

– maman participant au programme Nager ensemble

Les parents et les gardiens restent souvent « aux bords du terrain » en regardant leurs enfants faire du sport. En donnant la priorité à la participation de leur enfant, les adultes ne pratiquent souvent pas eux-mêmes le sport et l’activité physique, et leur propre bien-être peut en souffrir (Misener, 2020). En particulier, les mères peuvent considérer le sport récréatif pour elles-mêmes comme une activité culpabilisante ou un luxe en raison du coût et du temps (Jones et coll., 2010).

Les recherches suggèrent que si les mères reconnaissent les bienfaits de l’activité physique, elles font souvent passer les besoins de leurs enfants, de leur foyer ou de leur employeur avant leurs propres besoins (Hamilton et White, 2010). Avec l’obésité des adultes et les heures de travail quotidiennes en hausse (Statistique Canada, 2016), couplées à un plus grand isolement social et à de nombreux défis liés à la pandémie, ce manque de participation au sport et aux loisirs chez les parents pourrait persister. Cela pourrait avoir des conséquences psychologiques et sanitaires néfastes, en particulier pour les femmes.

Lorsqu’il s’agit de sport récréatif, les filles sont également confrontées à de nombreux obstacles à la participation, notamment la stigmatisation associée à l’image corporelle, l’influence négative des pairs et le manque de soutien social et de modèles positifs (Canadian Women & Sport, 2020). Les recherches nous apprennent également que la participation des parents joue un rôle essentiel pour motiver les enfants à rester actifs dans le sport. En particulier, les filles qui pratiquaient plus de sports et s’entraînaient plus souvent chaque semaine étaient celles dont la mère pratiquait régulièrement une activité physique organisée (Rodrigues et coll., 2018).

Ce billet de blogue partage les premiers résultats d’un programme de natation mère-fille. Il encourage également les dirigeants sportifs à penser aux programmes sportifs différemment et à remodeler la façon d’offrir des sports aux jeunes femmes et à leurs parents. Une subvention de jumelage chercheur/praticien du SIRC et une subvention communautaire de l’Association canadienne des parcs et loisirs (ACPL) pour l’équité entre les sexes dans le sport récréatif ont permis de financer ce partenariat de recherche et ce programme.

Le programme Nager ensemble

À l’automne 2020, un club de natation a mis à l’essai un programme de natation en coparticipation de huit semaines au Woolwich Memorial Centre à Elmira, en Ontario. La conception du programme est née de discussions et de consultations avec des parties prenantes, notamment des entraîneurs, des chercheurs en sport communautaire, des administrateurs de clubs de natation, un gestionnaire d’installations municipales, des femmes et des filles (âgées de 8 à 13 ans).

Appelé Nager ensemble, le programme a réuni les mères et les filles dans la piscine à une heure commune pour 45 minutes d’entraînement hebdomadaire (individuel, en petit groupe et en grand groupe). Au total, 14 mères et 18 filles ont participé à des sessions portant sur la technique de natation, la forme cardiovasculaire et le plaisir dans l’eau. Certaines sessions étaient axées sur des groupes de pairs particuliers (mères ou filles) et d’autres étaient des activités mère-fille.

L’incidence pour les femmes et les filles

En plus d’alléger les contraintes auxquelles les femmes et les filles sont confrontées, Nager ensemble visait à contribuer à des résultats positifs tels que l’amélioration de la santé physique et mentale, l’augmentation de la confiance en soi et de la maîtrise de soi, l’ouverture de portes pour la modélisation du rôle parent-enfant, l’augmentation des liens sociaux et la mise à disposition de clubs sportifs d’un modèle pour mettre en œuvre des opportunités organisées et intentionnelles pour la santé et le bien-être de la famille, en particulier pour les femmes et les filles. Les premiers bienfaits du programme pilote ont été les suivants :

Activité physique et forme physique

Le programme Nager ensemble a montré que les femmes et les filles ont connu un changement positif significatif dans leur niveau d’activité physique et leur forme physique perçue. Les participants ont apprécié le fait que le programme était conçu pour être amusant et non compétitif. Le caractère organisé a permis de responsabiliser les mères et de les encourager à être physiquement actives.

« Quand (les enfants) nagent à d’autres moments, je ne fais pas vraiment beaucoup d’activité physique. C’était donc agréable de pouvoir le faire avec eux et de faire de l’activité physique au lieu de sauter dans la voiture et de les déposer, puis de revenir une demi-heure plus tard pour les récupérer. »

– maman participante

Confiance en soi et maîtrise

Les mères aiment être entraînées! L’entraînement était essentiel pour aider les femmes et les filles à développer leurs compétences et à constater une amélioration de leurs propres capacités. L’entraînement hebdomadaire régulier du programme s’est traduit par une plus grande confiance pour les participantes. Au fur et à mesure que leur niveau d’habileté se développait, elles étaient plus enclines à venir nager des longueurs par elles-mêmes à d’autres périodes dans la semaine.

Interaction sociale

Malgré les restrictions de la COVID-19, Nager ensemble a créé un sentiment de communauté chez des femmes qui ne se considéraient pas nécessairement comme actives ou athlétiques. Aujourd’hui, elles nagent régulièrement avec de nouvelles amies qui pratiquent un loisir similaire.

« En particulier à cause de la COVID, j’ai du mal à trouver un cercle social. Nager ensemble m’a donné un cercle social sur une base régulière… être capable d’être à nouveau dans un groupe dans un espace sûr, c’est quelque chose qui m’a vraiment manqué. »

– maman participante

Modèle de rôle positif et intérêt partagé au sein des familles

Les modèles positifs étaient particulièrement importants pour les femmes qui avaient l’impression de ne pas nécessairement incarner les valeurs qu’elles essayaient de transmettre à leurs enfants. Par exemple, des valeurs comme le fait d’être actif physiquement toute sa vie et d’essayer de nouvelles formes d’activité physique. Les femmes ont apprécié l’occasion structurée de montrer ces valeurs et ces comportements à leurs enfants tout en cultivant un intérêt commun.

« J’accorde de la valeur à la santé. Et pourtant, je ne vis pas une vie où j’ai l’air de valoriser ma santé. Pour moi, l’avantage est double : en tant que mère, il est très facile de communiquer mes attentes à mes enfants. Mais il est plus difficile de leur montrer mes attentes… Je pense que le bénéfice de Nager ensemble est de me sentir à l’aise dans ce que je montre à mes enfants. » 

– maman participante

3 stratégies pour les clubs de sport pour élaborer un programme de coparticipation

1. Utilisez les points forts de votre club pour expérimenter avec la coparticipation.

Le club de natation avait des entraîneurs solides partageant les mêmes valeurs (c’est-à-dire la promotion de résultats positifs pour les femmes et les filles, et le soutien d’une dynamique familiale positive). Les entraîneurs et les administrateurs du club de natation ont travaillé ensemble pour trouver de nouvelles façons d’utiliser la piscine pour un programme qui n’était pas réservé aux jeunes. En réussissant à obtenir des subventions pour couvrir une partie des frais des participants, ils ont pu offrir un programme à faible coût. Si les subventions ne sont pas disponibles à l’avenir, il sera essentiel de communiquer pendant le processus d’inscription que l’entraînement a de la valeur, même s’il ajoute aux frais d’inscription.

2. Adopter l’évaluation par l’entremise de partenariats de recherche

Pour faciliter les programmes de coparticipation, toutes les parties prenantes doivent avoir leur mot à dire dans la planification, la mise en œuvre et l’évaluation du programme. Nous avons utilisé un modèle de partenariat communautaire impliquant des praticiens du sport, des chercheurs universitaires et des participants. En organisant des groupes de discussion et des entrevues tout au long du programme, nous avons appris à connaître les expériences des gens et à adapter le programme de façon continue. En particulier pour les nouveaux programmes de sport, mener une recherche évaluative en parallèle du programme permet aux parties prenantes d’avoir un nouvel aperçu des mécanismes spécifiques qui peuvent contribuer à améliorer la participation.

3. Utiliser la coparticipation pour développer des voies de participation tout au long de la vie

Nager ensemble a permis de lier de nombreux aspects qui jettent les bases d’une activité physique et d’une participation sportive tout au long de la vie. Comme leur mère était présente, les jeunes filles ont trouvé que ce programme les mettait plus à l’aise pour participer. Certaines filles ont même exprimé leur intérêt à rejoindre l’équipe de natation régulière. D’autres, qui étaient auparavant membres d’une équipe de natation, ont préféré l’activité physique non compétitive du programme Nager ensemble. Certaines mamans ont déclaré qu’elles n’auraient pas été à l’aise de se rendre seules dans les couloirs de natation, mais qu’avec la participation de leur fille, elles étaient plus disposées à participer. Alors que les femmes et les filles rencontrent des obstacles à l’activité physique à différents moments de leur vie, ce programme offre aux participantes une activité qui les aide à atténuer ces obstacles.

« [Nager ensemble] a attiré davantage d’intérêt pour la natation – à la fois la natation de compétition et la natation en tant qu’activité pour améliorer la santé. J’aime aussi le fait que le programme amène plus de filles dans notre centre. Il fait participer les parents et favorise les liens entre mère et fille. Je pense qu’il apporte également un aspect social, de sorte que les mamans travaillent ensemble et apprennent à connaître des gens, surtout pendant cette période avec la COVID. »

– Directeur municipal des loisirs

Perspective d’avenir

Notre programme montre que la participation d’un enfant à un sport ne signifie pas nécessairement que les parents renoncent à faire du sport eux-mêmes. Cependant, les dirigeants sportifs doivent penser différemment sur la façon d’organiser le sport et de créer intentionnellement des opportunités pour la santé et le bien-être de la famille.

Nager ensemble propose un nouveau modèle de coparticipation pour engager simultanément les femmes et les filles dans une activité sportive. Ce modèle a le potentiel d’aider les clubs sportifs à repenser des programmes qui favorisent la santé et le bien-être des femmes et des filles en leur permettant de participer ensemble à un sport organisé.

Comme l’a souligné la récente campagne #Vas-yMaman du SIRC, notre système sportif doit fournir de nouvelles ressources et de nouvelles mesures de soutien pour surmonter les défis et les circonstances uniques de la participation au sport des mamans (Allan, 2020), notamment en raison de l’influence positive des mères actives pour encourager la participation sportive de leurs enfants (Rodrigues et coll., 2018).

Pour plus d’information sur cette recherche, veuillez contacter Katie Misener à k.misener@uwaterloo.ca.


A propos de(s) l'auteur(s)

Katie Misener (@MisenerKatie) est professeure agrégée au département des études sur la récréation et les loisirs de l’Université de Waterloo. Ses recherches portent sur l’incidence sociale et la capacité organisationnelle des clubs sportifs communautaires. Elle est présentement bénévole pour le comité des jeunes en loisirs de la Kitchener-Waterloo Community Foundation et fait partie du conseil d’administration de Parks and Recreation Ontario. Elle est une nageuse et skieuse active, et maman de deux jeunes athlètes de hockey, danse et natation.

Haley Baxter (@haley_baxter20) est candidate au doctorat au département des études sur les loisirs de l’Université de Waterloo. Ses recherches portent sur la gestion des bénévoles dans les organisations de sport communautaires. Mme Baxter est une ex-joueuse de hockey universitaire féminin et est aujourd’hui entraîneuse pour le club de hockey féminin des Ravens de Waterloo et le club de hockey sur luge des Thrashers de Woolwich.

Erin Schmidt est la gérante de l’équipe de natation du Wave de Woolwich. Elle et son mari ont commencé à faire du bénévolat auprès de l’équipe de natation en 2015 pour assurer la continuité d’une organisation qu’ils considèrent comme importante pour les familles et la communauté de Woolwich. Mme Schmidt est une coureuse récréative, une nageuse et une joueuse d’ultimate frisbee avec trois enfants actifs dans plusieurs sports communautaires.

Sydney Dysart poursuit sa maîtrise au département des études sur les loisirs de l’Université de Waterloo. Sa recherche porte sur les avantages de la coparticipation au sport chez les parents et les jeunes. Elle est présentement bénévole pour l’organisme CanCommit, qui vise à aider les élèves du secondaire à être recrutés dans les meilleurs programmes de sport postsecondaires au Canada. Mme Dysart est une nageuse universitaire et a également pratiqué le soccer, le karaté et le squash toute sa vie.

Jenn Horndl est la gestionnaire des loisirs du canton de Woolwich. Elle se passionne pour le soutien de la participation aux activités récréatives et sportives à Woolwich et dans sa propre communauté. Mme Horndl est présentement entraîneuse pour l’équipe de hockey de sa fille, elle adore le plein air et s’est récemment mise à la planche à pagaie.

Dawn Trussell est professeure agrégée au département de gestion du sport de l’Université Brock. Ses recherches sont axées sur la justice sociale et plus particulièrement sur le sport chez les jeunes, les diverses structures familiales et le sens de la communauté. Elle fait partie du comité scientifique du Centre canadien de recherche sur l’équité des genres dans le sport. Elle est une enthousiaste du plein air et une joueuse de volleyball active avec deux jeunes filles qui font de la danse, du soccer et de l’équitation. Ensemble, elles aiment faire du vélo de montagne sur les sentiers de campagne.

Références

Allan, V. (2020). The #MomsGotGame campaign: What the research says about mom’s participation in physical activity and sport.

Canadian Fitness and Lifestyle Research Institute. (2016). Popular physical activities among Canadian adults.

Canadian Women & Sport. (2020). The rally report: Encouraging action to improve sport for women and girls.

Maclean, D., (2020). Mom and daughters take the plunge. The Observer.

Misener, K. (2020). Parent well-being through community youth sport: An autoethnography of “sideline” participation. Journal of Sport Management, 34, 329 à 340. https://doi.org/10.1123/jsm.2019-0201

Participaction. (2020). #Family influence: The role of the family in the physical activity, sedentary and sleep behaviours of children and youth.

Rodrigues, D., Padez, C., & Machado-Rodrigues, A. (2018) Active parents, active children: The importance of parental organized physical activity in children’s extracurricular sport participation, Journal of Child Health Care, 22(1), 159 à 170. https://doi.org/10.1177/1367493517741686

Sport Information Resource Centre. (2020). What the research says.


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