Le centre de documentation pour le sport
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Ice hockey team celebrating

Ce billet est le dernier d’une série en collaboration avec l’Université Queen’s. Dans le cadre d’une mission visant à renforcer les compétences en matière de diffusion des connaissances, le Dr Luc Martin, professeur agrégé à l’école de kinésiologie et d’études sur la santé, a mis au défi les étudiants de son cours de troisième année sur la dynamique d’équipe de rédiger un billet de blogue pour le SIRC. Les cinq meilleurs ont été soumis au SIRC et publiés par celui-ci.


Il est 7 h 30; je suis fatigué mais satisfait de l’entraînement que je viens de faire. Alors que je me dirige vers les vestiaires, je remarque qu’un groupe de joueurs reste derrière pour faire du travail supplémentaire. Je suis immédiatement inspiré. Ce groupe a favorisé une expérience d’équipe positive parce que les jeunes joueurs, comme moi, les admirent et sont motivés à travailler aussi fort qu’eux, ce qui contribue au succès de l’équipe au final. Leur influence à elle seule est une raison de croire que les sous-groupes devraient exister dans une atmosphère d’équipe, et qu’il est inutile d’essayer de les démanteler sans raison.

Les trois certitudes de la vie : la mort, les impôts et les sous-groupes

Female coach and youth basketball team

Les sous-groupes sont un groupe d’individus étroitement liés entre eux qui entretiennent des relations réciproques qui se forment au sein d’un groupe plus large, comme une équipe sportive (Henrich et coll., 2000). Dans la littérature universitaire, la formation de sous-groupes dans le sport a souvent été considérée comme intrinsèquement problématique pour le fonctionnement de l’équipe (Martin et coll., 2020). Cependant, des développements récents révèlent que les sous-groupes peuvent apporter des avantages positifs dans une atmosphère d’équipe, tels qu’un meilleur soutien, un sentiment d’identité et des normes de productivité (Wagstaff et coll., 2017). En outre, les chercheurs mentionnent que leur présence est inévitable, ce qui fait des interventions visant à les éradiquer un gaspillage de temps et de ressources (Martin et coll., 2015). Les humains ont un désir d’appartenance inné tout en faisant l’expérience de l’individualité; il est difficile de satisfaire ces deux critères dans un grand groupe. Ainsi, les sous-groupes nous procurent des sentiments d’acceptation et des relations de qualité, mais en nombre relativement restreint pour permettre la différenciation et l’autonomie (Brewer, 2011).

Ouvrir la voie aux sous-groupes

Les chercheurs en sport ont identifié trois facteurs précurseurs du développement de sous-groupes (Martin et coll., 2015, 2016) :

  • Facteurs contextuels/situationnels : Ces facteurs comprennent le type de sport et la taille de l’équipe. Par exemple, les sous-groupes sont plus susceptibles de se former au sein d’équipes de football (équipes offensives et défensives) et d’équipes d’athlétisme (athlètes de piste contre athlètes de terrain), contrairement à une équipe de curling.
  • Caractéristiques démographiques des athlètes : Les athlètes semblent être attirés par d’autres personnes qui partagent des rôles et un statut similaires au sein d’une équipe. Par exemple, le groupe de leadership est susceptible de former un sous-groupe parce qu’ils partagent des responsabilités similaires, ou bien les nouveaux membres et les anciens membres semblent se regrouper en raison d’expériences et de situations communes.
  • Tendances générales de comportement : Les athlètes ayant des intérêts similaires (par exemple, le niveau d’engagement, les comportements sociaux) ont tendance à former des sous-groupes. Cela est naturel, car les gens passent du temps avec des personnes qui partagent les mêmes intérêts et qu’ils aiment côtoyer.

Ces facteurs influencent les comportements de regroupement des athlètes. Lorsque les sous-groupes commencent à se former, les coéquipiers peuvent voir se développer des lignes de séparation hypothétiques (appelées lignes de faille) qui sont présentes dans tous les groupes (Lau et Murnighan, 1998).

Approches des entraîneurs pour gérer les sous-groupes

Les sous-groupes se forment dans les sports d’équipe et dans l’ensemble du spectre des âges (Eys et coll., 2019). En raison de cette inévitabilité, les recherches montrent que les entraîneurs investissent parfois beaucoup de temps dans la mise en œuvre de stratégies pour les gérer (Martin et coll., 2016). Toutefois, avant d’intervenir, les entraîneurs doivent évaluer si les sous-groupes aident ou entravent la dynamique du groupe et peuvent recourir à l’évitement proactif, à l’identification des sous-groupes et à la gestion de ceux-ci si nécessaire.

Évitement proactif

  • Il s’agit des stratégies utilisées lors de la formation de l’équipe pour intégrer tous les membres, telles que les activités de renforcement d’équipe et les processus de sélection intentionnelle des membres. L’objectif est de créer l’environnement le moins susceptible de créer des sous-groupes et d’établir un système que les joueurs pourront suivre en cas de problème.

Identification

  • Un processus important dont les entraîneurs ont discuté est la nécessité de déterminer si les sous-groupes au sein d’une équipe vont poser problème. Il existe différents types de groupements, dont les sous-groupes et les cliques.
    • Les sous-groupes représentent les « bons » groupements qui présentent des comportements prosociaux.
    • Les cliques sont plus débilitantes et encouragent les comportements antisociaux et contraires à l’éthique, excluent ou stigmatisent les coéquipiers et diminuent l’estime de soi.
  • Les entraîneurs doivent établir des lignes de communication claires entre les joueurs et le personnel afin de faciliter l’identification et la compréhension des sous-groupes.

Gestion

  • Une fois que les entraîneurs comprennent les groupes présents dans une équipe, ils peuvent les évaluer de façon continue afin de déterminer s’ils aident, entravent ou sont neutres relativement au fonctionnement de l’équipe.

Un sous-groupe qui est facilitateur peut être utilisé comme exemple pour créer des habitudes d’entraînement positives. Le fait de placer les nouveaux athlètes dans un groupe qui fait preuve d’une grande éthique de travail augmente la probabilité que l’athlète suivant fasse de même.

Dans le cas où un sous-groupe présente des comportements débilitants (c’est-à-dire s’il s’agit d’une clique), les entraîneurs devraient organiser des réunions entre athlètes et entraîneurs, organiser des activités d’équipe ciblées ou, en dernier recours, retirer les athlètes problématiques.

Que signifie tout cela pour vous?

Il est important de comprendre que chaque atmosphère d’équipe est différente et qu’il n’y a pas de méthode universelle pour gérer les sous-groupes. Cependant, les entraîneurs doivent comprendre que la formation de sous-groupes est inévitable et que l’effet sur leur équipe sera moins sur leur présence ou leur absence que sur les comportements qu’ils adoptent. Pour comprendre comment ils vont influencer une équipe, il faut disposer de canaux de communication clairs et les athlètes doivent décrivent leur désir de participer au processus de gestion, plutôt que d’avoir le sentiment d’être contrôlés (Martin et coll., 2016; Wagstaff et coll., 2017).

Dans toutes les facettes de la vie, les gens seront exposés à des groupes et travailleront au sein de ceux-ci. Qu’il s’agisse d’une équipe sportive, d’une salle de classe ou d’un lieu de travail, il y aura des personnes avec lesquelles vous vous identifierez et d’autres avec lesquelles vous ne le ferez pas. Quoi qu’il en soit, nombre de ces situations vous obligeront à travailler en groupe pour atteindre un objectif commun. Dans la plupart des cas, il est conseillé aux entraîneurs de se concentrer sur les questions liées aux tâches à accomplir plutôt que de se préoccuper outre mesure de la dynamique des sous-groupes. Pour les athlètes, après votre séance d’entraînement de 7 h 30, prenez un groupe de personnes partageant les mêmes idées pour faire des répétitions supplémentaires et inspirer les coéquipiers que vous ne savez pas qu’ils regardent. Votre équipe en tirera profit à long terme.


A propos de(s) l'auteur(s)

Curtis Smith est un athlète universitaire (football et baseball) qui a obtenu un diplôme de lécole de kinésiologie et détudes sanitaires de lUniversité Queens. Il est passionné de la recherche sur la psychologie du sport et envisage de poursuivre ses études dans ce domaine après lobtention de son diplôme.  

Références

Brewer, M. B. (2011). Optimal distinctiveness theory: Its history and development. P. AM Van Lange, A. Kruglanski, & ET Higgins, Handbook of theories of social psychology, 2, 81 à 98. 

Eys, M. A., Bruner, M. W. et Martin, L. J. (2019). The dynamic group environment in sport and exercise. Psychology of Sport and Exercise, 42, 40 à 47. 

Henrich, C. C., KupermincG. P., Sack, A., Blatt, S. J. et Leadbeater, B. J. (2000). Characteristics and homogeneity of early adolescent friendship groups: A comparison of male and female clique and nonclique members. Applied Developmental Science, 4(1), 15 à 26. 

Lau, D. C. et Murnighan, J. K. (1998). Demographic diversity and faultlines: The compositional dynamics of organizational groups. Academy of Management Review, 23(2), 325 à 340. 

Martin, L. J., Evans, M. B. et Spink, K. S. (2016). Coach perspectives of “groups within the group”: An analysis of subgroups and cliques in sport. Sport, Exercise, and Performance Psychology, 5(1), 52. 

Martin, L. J., McGuire, C., Robertson, M. et Saizew, K. (2020). Subgroups in the context of youth sport. In The Power of Groups in Youth Sport (pp. 127 à 143). Academic Press. 

Martin, L. J., Wilson, J., Evans, M. B. et Spink, K. S. (2015). Cliques in sport: Perceptions of intercollegiate athletes. The Sport Psychologist, 29(1), 82 à 95.