Le centre de documentation pour le sport
Le centre de documentation pour le sport

Ce billet est le quatrième d’une série en collaboration avec l’Université Queen’s. Dans le cadre d’une mission visant à renforcer les compétences en matière de diffusion des connaissances, le Dr Luc Martin, professeur agrégé à l’école de kinésiologie et d’études sur la santé, a mis au défi les étudiants de son cours de troisième année sur la dynamique d’équipe de rédiger un billet de blogue pour le SIRC. Les cinq meilleurs articles ont été soumis au SIRC et seront publiés au cours des prochains mois. 


« La mort de Rowan Stringer était évitable » : ces paroles continueront à hanter la famille Stringer. Rowan était une jeune fille de dix-sept ans qui a subi une commotion cérébrale mortelle lors d’un match de rugby au secondaire qui, avec un diagnostic et un traitement appropriés, aurait pu être évitée (Hall, 2018). Bien que la famille Stringer et de nombreuses organisations sportives plaident en faveur de protocoles de sécurité en matière de commotions cérébrales, la sous-déclaration reste un problème urgent. Trop souvent, les jeunes athlètes cachent les symptômes à leurs parents, entraîneurs et coéquipiers par peur de rester à l’écart. Une étude menée auprès d’anciens athlètes universitaires en Ontario a révélé que 44,9 % d’entre eux ont participé à des compétitions malgré les symptômes de commotion cérébrale (Matveev et coll., 2018). Une question simple que je vous pose est : pourquoi?

La cause de la sous-déclaration : les normes de groupe

Je suis d’accord avec les universitaires qui mentionnent que la réponse n’est pas simplement une fonction de l’incapacité des athlètes à reconnaître les symptômes problématiques (Kroshus et coll., 2016). Les normes de groupe qui renforcent la sous-déclaration sont un coupable plus probable.

Les normes de groupe reflètent un ensemble d’hypothèses et d’attentes comportementales des membres d’un groupe (Kroshus et coll., 2015). Une citation célèbre de Will Durant, qui était à une époque le mantra écrit au-dessus de la porte du vestiaire des Bruins de Boston (Keene, 2011), dit « Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. L’excellence, donc, n’est pas un acte, mais une habitude. » Ce que les membres d’un groupe font de manière répétée représente la norme. Malheureusement, dans le sport, on a toujours associé une norme d’équipe de comportement de sacrifice avec le fait d’être un bon coéquipier et d’avoir la volonté de gagner. De même, une équipe qui met constamment l’accent sur une attitude de « victoire à tout prix » pourrait être une équipe qui a développé une tendance à fermer les yeux sur les blessures, ce qui renforce la sous-déclaration des membres. Des études récentes suggèrent une tendance alarmante dans le sport des jeunes pour les athlètes qui essaient « passer au travers » des symptômes, mettant en péril leur propre santé pour le bénéfice perçu de l’équipe (Cusimano et coll., 2017). Grâce à la théorie des comparaisons sociales, nous savons que les individus se comportent d’une manière jugée souhaitable ou bénéfique pour un groupe, même si cela leur est préjudiciable (Kroshus et coll., 2015). Le défi consiste donc à redéfinir les normes afin d’aligner la gestion systématique et efficace des commotions cérébrales sur l’excellence.

Changer les normes

Avec l’entrée en vigueur de la loi Rowan en 2018, l’Ontario est devenu la première et la seule province à mettre en place une politique qui définit précisément les règlements et les procédures à l’intention des entraîneurs, des athlètes et des parents concernant le diagnostic et le traitement des commotions cérébrales chez les jeunes (Hall, 2018). Conformément aux Lignes directrices canadiennes sur les commotions cérébrales dans le sport, la loi Rowan demande spécifiquement le retrait immédiat du jeu lorsqu’une commotion cérébrale est suspectée, l’autorisation médicale de tous les athlètes ayant subi une commotion cérébrale, l’adhésion obligatoire aux protocoles de retour au jeu, et la formation des entraîneurs, des parents et des athlètes sur les commotions cérébrales (McCradden et Cusimano, 2019). Il est important de noter que Lisa MacLeod, ministre du Tourisme, des Sports et de la Culture de l’Ontario, a noté que l’efficacité de la politique réside dans sa capacité à véhiculer un message uniforme aux athlètes, aux entraîneurs et aux officiels concernant le moment où un athlète a une commotion cérébrale et celui où il est approprié de revenir au jeu (Macleod, 2018); dans un sens, elle aide à établir de nouvelles normes de groupe.

Les lignes directrices du gouvernement de l’Ontario sur les commotions cérébrales fournissent des renseignements sur les signes et symptômes courants, la réponse initiale et les protocoles de retour au jeu. Ces lignes directrices sont essentielles pour préparer les entraîneurs, les athlètes, les parents et les officiels à reconnaître et à réagir correctement à une commotion cérébrale présumée. Une étape importante dans le sport des jeunes sera de combler le fossé entre la reconnaissance des symptômes de commotion cérébrale et le signalement et le traitement appropriés. Lorsque les coéquipiers et les entraîneurs soulignent l’importance de mettre la sécurité au premier plan et de donner la priorité à la responsabilité, les athlètes seront plus enclins à respecter les comportements attendus. À cet égard, toutes les parties concernées jouent un rôle crucial dans la reconnaissance et le signalement proactifs des commotions cérébrales.

Des directives claires en matière de signalement des commotions cérébrales, associées à un environnement d’équipe qui reconnaît, renforce et encourage leur importance, peuvent être efficaces pour réduire les dangers des commotions sous-diagnostiquées, sous-déclarées et maltraitées. Cependant, relever ce défi n’est pas une tâche facile. L’établissement de normes de groupe qui s’alignent sur cette perspective est une action importante qui prendra du temps et un effort collectif d’équipe, mais qui en vaudra la peine à long terme.


A propos de(s) l'auteur(s)

Claire Swarbrick est une récente diplômée du programme de santé et d’éducation physique de l’Université Queen’s. Elle poursuivra sa passion pour le bien-être par le biais de l’éducation physique alors qu’elle terminera sa licence en éducation à l’Université de Nipissing à l’automne.

Références

Cusimano, M. D., Topolovec-Vranic, J., Zhang, S., Mullen, S. J., Wong, M. et Ilie, G. (2017). Factors Influencing the Underreporting of Concussion in Sports: A Qualitative Study of Minor Hockey Participants. Clinical Journal of Sport Medicine, 27(4), 375 à 380.

Hall, V. (2018). Rowan’s Law. Tiré de https://nationalpost.com/features/rowans-law

Keene, K. (2011). Tales from the Boston Bruins Locker Room: A Collection of the Greatest Bruins Stories Ever Told. (S. Publishing, Ed.).

Kroshus, E., Garnett, B. R., Baugh, C. M. et Calzo, J. P. (2015). Social norms theory and concussion education. Health Education Research, 30(6), 1004 à 1013.

Kroshus, E., Garnett, B. R., Hawrilenko, M., Baugh, C. M. et Calzo, J. P. (2016). Concussion under-reporting and pressure from coaches, teammates, fans and parents. Social Science & Medicine, (610), 66–75. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2015.04.011

Kroshus, E., Kubzansky, L., Goldman, R. et Austin, B. (2015). Norms , Athletic Identity , and Concussion Symptom Under-Reporting Among Male Collegiate Ice Hockey Players : A Prospective Cohort Study. Annals of Behavioural Medicine, 49, 95 à 103. https://doi.org/10.1007/s12160-014-9636-5

Macleod, L. (2018). Minister’s Year One Progress Report on Rowan’s Law (Concussion Safety), 2018.

Matveev, R., Sergio, L., Fraser-Thomas, J. et Macpherson, A. K. (2018). Trends in concussions at Ontario schools prior to and subsequent to the introduction of a concussion policy – an analysis of the Canadian hospitals injury reporting and prevention program from 2009 to 2016. BMC Public Health, 18(1), 1324. https://doi.org/10.1186/s12889-018-6232-9

McCradden, M. D. et Cusimano, M. D. (2019). Staying true to Rowan‘s Law : how changing sport culture can realize the goal of the legislation. Canadian Journal of Public Health, (110), 165–168.