Le centre de documentation pour le sport
Le centre de documentation pour le sport

De grands événements sportifs au Canada et dans le monde entier ont été annulés à la suite de la pandémie mondiale de la COVID-19. Pour les administrateurs sportifs, les chercheurs et les décideurs politiques, cette pause représente une occasion unique de réfléchir sur les effets et les héritages souhaités des futurs événements sportifs.

Les soumissions pour devenir l’hôte d’un événement sont souvent pleines d’affirmations sur les effets positifs de la tenue d’un événement, tant sur le plan social qu’économique. En particulier, les événements sportifs sont souvent loués pour leur capacité à accroître la participation au sport et à l’activité physique dans les communautés hôtes et non hôtes. L’augmentation de la participation est liée à un « effet de démonstration » ou un « effet de retombée », qui fait référence à un processus par lequel les gens sont inspirés par le sport d’élite, les sportifs ou les événements sportifs et font en sorte qu’ils souhaitent ensuite participer eux-mêmes (Weed, 2009). L’effet de démonstration peut être mesuré par le nombre de nouveaux participants à un sport, l’augmentation de la fréquence de participation, le retour à un sport après une longue interruption, ou le passage d’un sport à un autre. Ces dernières années, de nombreux chercheurs ont rejeté ces affirmations, mentionnant qu’il n’existe pas de preuve fiable de l’existence d’effets de démonstration.

Cependant, la question de l’existence des effets de démonstration peut être beaucoup plus nuancée que le simple fait de prétendre qu’ils existent ou non. Il est peut-être temps pour les chercheurs de tempérer le débat sur l’existence des effets de démonstration et de concentrer leurs efforts sur l’étude des mécanismes et des conditions par lesquels les événements sportifs sont les plus susceptibles d’avoir les retombées souhaitées sur la participation. Les preuves qui en résultent peuvent aider à définir les attentes, à évaluer les investissements et à orienter les investissements patrimoniaux.

Une approche de synthèse réaliste pour comprendre les effets de démonstration

Une approche réaliste de synthèse pour comprendre les phénomènes complexes se penche sur un large éventail de preuves pour répondre à la question « qu’est-ce qui fonctionne pour qui et dans quelles circonstances » plutôt que « qu’est-ce qui fonctionne » (Coalter, 2007). Dans cette perspective, les retombées des événements (p. ex. une participation accrue au sport ou à l’activité physique) sont mieux compris comme le résultat de l’interaction d’une combinaison particulière de circonstances.

Ce qui suit est un exposé sur certaines des conditions qui peuvent être nécessaires pour qu’un événement sportif majeur ait un effet positif sur la participation au sport et à l’activité physique. Il ne s’agit en aucun cas d’une liste exhaustive de conditions étayées de manière empirique. L’intention est d’entamer une discussion sur la nécessité de repenser les conditions qui pourraient être nécessaires pour que des effets de démonstration se produisent.

Condition n° 1 : les populations de jeunes

Les preuves mentionnant que les événements sportifs influenceront la participation sportive sont limitées si l’on considère l’ensemble de la population hôte. Les approches uniformes d’analyse de données peuvent masquer les preuves des effets de démonstration présents dans des sous-populations particulières. Récemment, par exemple, des recherches ont mentionné que les effets de démonstration pourraient être plus prononcés parmi les populations de jeunes. Par exemple, Aizawa et coll. (2018) ont constaté que les retombées à long terme des Jeux olympiques de Tokyo de 1964 étaient plus prononcées chez les jeunes au moment de l’événement que chez les autres générations. De même, Carmichael et coll. (2013) ont observé que les étudiants et les personnes ayant un emploi à temps partiel étaient plus susceptibles de participer à des activités modérément intenses après les Jeux olympiques de 2012 de Londres que les personnes ayant un emploi à temps plein. En vieillissant, les gens peuvent accorder une plus grande priorité aux domaines de l’éducation, du travail et de la famille qu’aux activités non professionnelles et liées au sport (Aizawa et coll.).

Condition n° 2 : les communautés où se tiennent les événements

Les recherches sur l’effet de démonstration ont souvent tiré des conclusions fondées sur des analyses de données de participation à l’échelle nationale et provinciale-territoriale. Jusqu’à récemment, les données sur la participation étaient rarement délimitées ou examinées au sein des régions locales où se déroulaient les événements. La notion d’effet « épicentre » mentionne que, lorsqu’ils recherchent des preuves d’un effet de démonstration, les chercheurs devraient d’abord examiner les données de participation disponibles à l’échelle municipale et régionale, puis se déplacer vers l’extérieur et examiner les données provinciales-territoriales et nationales (Potwarka et Leatherdale, 2016). Ainsi, les effets de la participation pourraient être plus importants à proximité des lieux. Par exemple, Potwarka et Leatherdale (2016) n’ont observé aucun changement statistique significatif dans le taux de jeunes modérément actifs ou actifs au Canada ou dans la province de la Colombie-Britannique d’avant à après les Jeux olympiques de Vancouver de 2010. Sur le plan régional cependant, les auteurs ont noté une augmentation importante du taux de femmes modérément actives ou actives d’avant à après les Jeux de Richmond, en Colombie-Britannique. Il est intéressant de noter que Richmond était l’hôte du nouvel anneau olympique, qui a vu un nombre record de médailles décernées à des patineuses de vitesse canadiennes et qui était accessible au public après les Jeux.

Condition n° 3 : viles natales des médaillés

Pratiquement toutes les études sur les effets de démonstration ont examiné les retombées de la participation uniquement au sein des nations et des communautés hôtes. Cependant les effets de démonstration ont le potentiel d’être un phénomène mondial. Des millions de personnes en dehors des communautés hôtes et dans le monde entier regardent les athlètes de leurs propres communautés concourir pour les médailles olympiques et paralympiques. Potwarka et coll. (2019) ont examiné les changements sur le plan de la population en matière d’activité physique dans les villes natales des athlètes canadiens qui ont remporté des médailles aux Jeux olympiques de Londres en 2012. Les auteurs ont rapporté des augmentations statistiquement significatives des niveaux d’activité physique chez les jeunes vivant dans 5 des 26 régions sanitaires de leur ville natale entre les périodes précédant et suivant les événements étudiés. Aucun changement significatif dans la participation n’a été observé dans aucune des 26 régions de contrôle (c’est-à-dire les régions qui n’ont pas accueilli de médaillés olympiques). Les gens peuvent percevoir un lien spécial avec les athlètes d’élite de leur ville natale parce qu’ils partagent un accès similaire aux opportunités liées au sport, aux entraîneurs et aux infrastructures de promotion des activités dans l’environnement bâti.

Condition n° 4 : des spectateurs actifs, engagés et inspirés

Les recherches ont constamment montré que les effets de démonstration sont plus susceptibles de se produire chez les personnes et les spectateurs qui sont déjà des participants et des spectateurs sportifs actifs (Funk et coll., 2011; Aizawa et coll., 2018). En particulier, les études sur les effets de démonstration ont révélé que les personnes qui sont partisanes d’un sport ou qui en ont une connaissance avant d’assister à des compétitions en direct étaient beaucoup plus susceptibles d’avoir l’intention de participer à ce sport après l’avoir regardé (Teare et coll., sous presse; Wicker et Sotiriadou, 2013).

En outre, ce à quoi les gens pensent et ce qu’ils ressentent lorsqu’ils sont plongés dans une expérience de spectateur peut avoir une profonde influence sur les décisions de participation après l’événement. En particulier, le fait de s’imaginer être un athlète participant à l’action, l’absorption intense dans l’expérience du spectateur, l’évaluation critique des performances et des compétences des athlètes, et l’appréciation de la grâce et de la beauté du sport lui-même, peuvent influencer la probabilité de se sentir inspiré en regardant des événements sportifs (Potwarka et coll., 2018). Les sentiments d’inspiration en regardant un événement peuvent jouer un rôle clé dans le développement de l’intention comportementale, et réduire les sentiments d’inadéquation qui peuvent décourager la participation (Potwarka et coll., 2018). Dans un état d’inspiration, les spectateurs peuvent se sentir obligés d’atteindre de nouveaux objectifs de participation sportive (Thrash et Elliot, 2003). De cette manière, l’inspiration peut être considérée comme un état de motivation intéressant, qui implique des sentiments d’énergie, de confiance et d’enthousiasme qui conduisent à une participation post-événement (Thrash et Elliot, 2003).

Condition n° 5 : mise en œuvre d’initiatives d’optimisation des événements

La littérature sur les effets de démonstration nous rappelle constamment que le potentiel de ceux-ci est fortement réduit sans des stratégies de levier d’événements soigneusement planifiées et exécutées (Misener et coll., 2015). L’effet de levier est basé sur le principe que les niveaux de participation accrus sont plus susceptibles de résulter de l’influence combinée de l’organisation d’un événement et de la mise en œuvre d’interventions destinées à promouvoir les possibilités de sport (Coalter, 2007). En d’autres termes, un effet de démonstration doit être associé à des possibilités d’essayer le sport présenté si l’on veut obtenir un effet comportemental allant au-delà de la simple influence sur les intentions des gens (Chalip et coll., 2017; Weed et coll., 2012). Peu d’événements sportifs ont inclus la conception, la mise en œuvre et l’évaluation de programmes qui encouragent les gens à essayer un nouveau sport (Taks et coll., 2017). Les chercheurs commencent à examiner l’influence potentielle de l’exposition à un événement particulier en tirant parti des initiatives déployées avant, pendant ou après les événements sur la stimulation de la participation sportive. Potwarka et coll. (2020), par exemple, ont constaté que le fait de recevoir un coupon pour une séance gratuite pour essayer le sport du cyclisme sur piste stimulait la participation des spectateurs ayant à la fois de faibles et de fortes intentions de participer au sport après l’événement. (Pour en savoir plus sur cette recherche, consultez le blogue du SIRC).

Résumé et recommandations : vers une compréhension plus inclusive des effets de la démonstration

Les investissements d’héritage et les initiatives d’optimisation des événements ciblant stratégiquement les organisations sportives locales, les infrastructures sportives et d’activité physique de la communauté et les populations de jeunes pourraient aider à produire des effets de démonstration. En outre, les médias locaux et nationaux doivent continuer à promouvoir et à couvrir les athlètes exceptionnels dans les communautés du monde entier. Ces récits peuvent mettre en évidence les liens et les expériences des athlètes participant à leurs communautés locales. Pour maximiser la probabilité d’effets de participation aux événements sportifs, les parties prenantes à l’événement peuvent également envisager d’offrir des possibilités d’essais après l’événement et de concevoir des expériences par procuration et immersives pour les spectateurs. Des efforts devraient être faits pour rendre les événements sportifs plus accessibles aux spectateurs en les éduquant sur les nuances et les règles du sport avant et pendant les compétitions. Cela pourrait créer des spectateurs plus engagés et plus inspirés.

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour examiner les effets de démonstration liés aux événements sportifs non méga et aux événements de parasport (Misener, 2015; Taks et coll., 2015). En outre, il faut s’intéresser aux non-participants et à ceux qui sont systématiquement exclus des possibilités de participation en raison de leur race, de leur origine ethnique, de leur sexe, de leur identité sexuelle, de leur statut socio-économique et de leurs capacités ou handicaps. Des efforts doivent être déployés pour éliminer les obstacles à la participation après l’événement.

Il peut également être nécessaire de mettre en place des collaborations de recherche internationales visant à se pencher sur les effets de démonstration. À cette fin, il pourrait être judicieux de créer un centre de données de surveillance de la participation sportive nationale et plus localisée, y compris des informations démographiques, qui pourraient être partagées entre les universitaires et les responsables sportifs du monde entier.

En plus d’établir davantage les conditions et les mécanismes qui pourraient sous-tendre les phénomènes d’effets de démonstration, les chercheurs et les parties prenantes aux événements devraient concentrer leurs efforts sur les questions liées aux capacités et à la rétention. Bien que l’organisation d’événements sportifs puisse aider à attirer les participants, on en sait beaucoup moins sur les stratégies fondées sur des données probantes pour créer et maintenir les relations nouvellement formées avec les participants (Bakhsh et coll., 2020). Malgré le fait que les chercheurs en sport et les parties prenantes aux événements souhaitent exploiter pleinement le potentiel des effets de démonstration, ils doivent veiller à ce que les possibilités de participation et de spectateurs avant, pendant et après les événements soient accueillantes et accessibles à tous.

Lectures recommandées

Byers, T., Hayday, E. et Pappous, A. (2020). A new conceptualization of mega sports event legacy delivery: Wicked problems and critical realist solution. Sport Management Review, 23(2), 171 à 182.


A propos de(s) l'auteur(s)

Le Dr Luke Potwarka est le directeur du laboratoire Spectator Experience and Technology (SEAT) et professeur associé au département des études sur les loisirs et la récréation à l’Université de Waterloo. Ses recherches portent sur le comportement et les expériences des spectateurs de sport, avec un accent particulier sur le rôle que jouent les événements sportifs d’élite pour inspirer la participation de la population.

Références

Aizawa, K., Wu, J., Inoue, Y. et Sato, M. (2018). Long-term impact of the Tokyo 1964 Olympic Games on sport participation: A cohort analysis. Sport Management Review, 21(1), 86 à 97.

Bakhsh, J. et Potwarka, L.R. (2020). Leveraging long-term sport participation from major events: The case of track cycling after the 2015 Pan Am/Parapan Am Games. Managing Sport & Leisure.

Carmichael, F., Grix, J. et Marqués, D. (2013). The Olympic legacy and participation in sport: an interim assessment of Sport England’s Active People Survey for sports studies research. International Journal of Sport Policy and Politics, 5(2), 229 à 244.

Chalip, L., Green, B.C., Taks, M. et Misener, L. (2017). Creating sport participation from sport events: making it happen. International Journal of Sport Policy and Politics, 9, 257 à 276.

Coalter, F. (2007). A wider social role for sport: who’s keeping the score? New York: Routledge.

Funk, D., Jordan, J., Ridinger, L. et Kaplanidou, K. (2011). Capacity of mass participation sport events for the development of activity commitment and future exercise intention. Leisure Sciences, 33, 250 à 268.

Misener, L. (2015). Leveraging parasport events for community participation: development of a theoretical framework. European Sport Management Quarterly, 15(1). 132 à 153.

Misener, L., Taks, M., Chalip, L. et Green, B.C. (2015). The elusive ‘trickle-down effect’ of sport events: assumptions and missed opportunities. Managing Sport and Leisure, 20(2), 135 à 156.

Potwarka, L.R., Jiang, K., Ramchandani, G. et Coleman, R. (June, 2019). Beyond the host nation: an exploration of trickle-down effects in the “hometowns” of Canadian athletes who medalled at London 2012. Paper presented at the North American Society for Sport Management, Annual Conference, New Orleans, LA.

Potwarka, L.R. et Leatherdale, S. (2016). The Vancouver 2010 Olympics and leisure-time physical activity rates among youth in Canada: Any evidence of a trickle-down effect? Leisure Studies, 35(3), 241 à 257.

Potwarka, L.R., Drewery, D., Snelgrove, R., Havitz, M.E. et Mair, H. (2018). Modelling a demonstration effect: The case of spectators’ experiences at 2015 Pan Am Games’ track cycling competitions. Leisure Sciences, 40(6), 578 à 600.

Potwarka, L.R., Snelgrove, R., Drewery, D., Bakhsh, J et Wood, L. (2020). From intention to participation: Exploring the moderating role of a voucher-based event leveraging initiative. Sport Management Review, 23(2), 302 à 314.

Teare, G., Potwarka, L.R., Snelgrove, R. et Drewery, D. (in press). Inspiring participation in track cycling: Exploring the role of spectator characteristics and event experiences. Event Management.

Taks, M., Chalip, L. et Green, C. (2015). Impacts and strategic outcomes from non-mega sport events for local communities. European Sport Management Quarterly, 15(1). 1 à 6.

Taks, M., Green, B.C., Misener, L. et Chalip, L. (2017). Creating sport participation from sport events: making it happen. International Journal of Sport Policy and Politics, 9(2), 257 à 276.

Thrash, T. M. et Elliot, A. J. (2003). Inspiration as a psychological construct. Journal of Personality and Social Psychology, 84(4), 871 à 889.

Weed, M. (2009). The potential of the demonstration effect to grow and sustain participation in sport. A Review Paper for Sport England. Centre for Sport, Physical Education and Activity Research (SPEAR) – Canterbury Christ Church University.

Weed, M., Cohen, E., Fiore, J., Mansfield, L., Wellard, I., Chatziefstathiou, D. et Dowse, S. (2012). Developing a physical activity legacy from the London 2012 Olympic and Paralympic games: A policy-led systematic review. Perspectives in Public Health, 132(2), 75 à 80.

Wicker, P. et Sotiriadou, P. (2013). The trickle-down effect: what population groups benefit from hosting major sport events. International Journal of Event Management Research, 8(2), 25 à 40.