Le centre de documentation pour le sport
Le centre de documentation pour le sport
Young male athletes participating in drills at a soccer training camp. Wearing gps tracker devices to collect data.

Autour d’un café, nous nous sommes récemment remémoré les différents environnements sportifs dans lesquels nous avons travaillé et le nombre de fois où nous avons vu des solutions technologiques coûteuses rester dans un coin, prenant la poussière. Peut-être pouvez-vous comprendre cette situation. Une nouvelle technologie arrive sur le marché et quelques équipes ou athlètes de renom l’adoptent. Vous pensez sincèrement que cette technologie vous aidera de la même manière qu’elle les aide. Vous achetez la technologie et vous vous attendez à ce qu’elle soit formidable. Puis, pour une raison quelconque, les choses ne se passent pas comme vous l’aviez prévu. L’utilisation de la technologie est fastidieuse. Les athlètes ou le personnel résistent à la technologie. Vous ne savez pas ce que les données signifient ou ce que vous devriez faire différemment maintenant que vous avez les données. Finalement, la valeur n’est pas aussi évidente que vous l’aviez prévu, et vous finissez par arrêter d’utiliser la technologie. La poussière commence alors à s’accumuler.

De nos jours, les entraîneurs sont inondés d’options technologiques prétendant offrir des « solutions » aux athlètes et aux équipes. Cependant, de nombreux entraîneurs ont des budgets limités et ne veulent pas que les investissements technologiques échouent. Sur la base des expériences de mise en œuvre de la technologie dans différents contextes de sport appliqué, nous avons proposé d’utiliser un cadre de prise de décisions critique avant de mettre en œuvre la technologie dans le sport (Windt et coll., 2020).

Dans ce billet de blogue, nous passons en revue 4 questions clés que les entraîneurs et autres décideurs doivent se poser s’ils veulent que les nouvelles technologies les aident, et non les empêchent, d’entraîner efficacement.

Question 1 : Les données sont-elles utiles?

Chaque jour, il semble qu’une nouvelle technologie arrive sur le marché avec des revendications audacieuses et un marketing fantaisiste. De nombreuses technologies sont intrigantes, et en tant qu’entraîneur, il est facile d’être curieux ou intéressé. Cependant, la première chose à considérer n’est pas de savoir si la technologie est excitante, mais si elle tiendra ses promesses pour éclairer les décisions.

En pratique, les entraîneurs doivent « commencer par la fin » (Covey, 2004) en imaginant leur processus décisionnel et la façon dont la technologie pourrait y contribuer. Les données de la technologie devraient orienter la prise de décisions des entraîneurs, et non « prendre » la décision à leur place (Gamble et coll., 2020).

Une autre considération importante est de savoir si les entraîneurs pourraient accéder à la même information d’une autre manière, mais plus abordable, surtout lorsque les budgets sont serrés. Par exemple, les systèmes de positionnement global (GPS) peuvent fournir des renseignements sur les volumes d’entraînement et les capacités physiques des joueurs, comme la vitesse maximale, et cette information peut être regroupée pour comprendre la progression de l’entraînement d’une équipe tout au long d’un micro ou d’un macro-cycle. Si ce dernier point (progression de la charge de l’équipe) est la priorité de l’entraîneur, la collecte systématique des réponses de chaque athlète à l’évaluation de l’effort perçu (sRPE) pourrait permettre de comprendre comment les séances d’entraînement de l’équipe varient au cours du cycle d’entraînement. Cela réduirait la nécessité de recourir au GPS pour répondre à cette question spécifique. Si les vitesses maximales des joueurs pendant les matchs sont la question la plus importante, alors le GPS s’imposera comme la réponse.

Si les entraîneurs ne peuvent pas imaginer comment l’information leur faciliterait la vie en leur permettant de prendre des décisions plus efficaces, ou s’ils peuvent déjà accéder à des renseignements similaires par d’autres moyens, il n’est pas nécessaire d’étudier plus avant cette technologie.

Question 2 : Les données sont-elles fiables?

Les entreprises technologiques ont un seul intérêt en tête : le leur. Souvent, elles se soucient finalement plus de vendre leur produit pour augmenter leurs profits que de partager ouvertement les imperfections de leurs produits. Étant donné que les produits commerciaux varient sur le plan de la précision et qu’aucun ne capture parfaitement l’information (Linke et coll., 2018; Stone et coll., 2020), les entraîneurs doivent se demander à quel point on doit croire les promesses marketing.

Female athlete standing looking over her shoulder while wearing motion capture equipment.Cette question comporte deux volets. Premièrement, peut-on croire en la technologie? Dans le domaine scientifique, il s’agit de la validité et de la fiabilité. De manière générale, la validité permet de déterminer si la technologie mesure ce qu’elle promet de mesurer, tandis que la fiabilité concerne l’uniformité et le degré d’erreur des mesures (Impellizzeri et Marcora, 2009). Pour répondre à la question de la crédibilité, les entraîneurs peuvent rechercher des articles universitaires évalués par des pairs sur la technologie, comme les deux articles mentionnés dans le paragraphe précédent. Les entraîneurs peuvent également parler à quelqu’un dans un domaine universitaire connexe afin de récapituler la littérature disponible sur l’entreprise. L’absence de nouvelles ou d’articles n’est souvent pas un bon signe.

La deuxième question concerne la suffisance, après l’évaluation de la validité et de la fiabilité. Comme aucune mesure n’est parfaitement valide ou fiable, il faut juger si les erreurs sont suffisamment faibles pour que les données puissent encore être utilisées de manière suffisante pour l’objectif particulier des entraîneurs. Par exemple, bien qu’il y ait toujours des erreurs, si un appareil GPS se trompe en moyenne de 10 mètres par jour, vous serez plus à l’aise de vous y fier pour examiner les exigences physiques d’une séance d’entraînement que s’il se trompe de 1000 mètres par jour. En fin de compte, faire confiance à la technologie est une question de jugement, qui repose sur la compréhension des limites de la technologie et leur mise en balance avec la précision des données pour éclairer votre décision.

Question 3 : Les entraîneurs peuvent-ils accéder aux données et les utiliser efficacement?

Man performing an exercise test on a stationary bike and wearing medical equipment.Si l’un des principaux objectifs de la technologie est de fournir des données pour aider à la prise de décisions, l’obtention effective des données nécessaires peut être simple ou déraisonnablement fastidieuse. Lorsque vous évaluez si une technologie est adaptée à vos besoins, demandez un essai. Les essais peuvent aider les entraîneurs à découvrir s’ils peuvent accéder aux renseignements nécessaires et à évaluer si la technologie répond à leurs besoins. Par exemple, combien de temps faut-il pour obtenir les données? Sont-elles disponibles en direct ou après la séance? Peut-on accéder aux données sur un cellulaire ou seulement sur un ordinateur? Les données sont-elles suffisamment détaillées? Les données peuvent-elles être personnalisées, et comment sont-elles affichées? Les données peuvent-elles être exportées pour les comparer à d’autres renseignements disponibles? L’importance de chaque question dépend spécifiquement du contexte de chaque entraîneur. L’essai d’une solution technologique peut aider les entraîneurs à répondre à chacune de ces questions (Torres-Ronda et Schelling, 2017).

Question 4 : La technologie est-elle utilisable dans des situations réelles?

Une fois mise en œuvre, quelle charge la technologie imposera-t-elle aux entraîneurs, aux athlètes et au personnel de soutien? C’est peut-être l’une des questions les plus négligées lors de l’examen des options technologiques pour le sport. L’utilisation de la technologie coûte à une ou plusieurs personnes leur temps, leur énergie ou leur confort. Par exemple, la mise en place d’un GPS dans une équipe de soccer pourrait facilement prendre jusqu’à 4 heures par jour : 1 heure pour préparer l’équipement, 2 heures pour surveiller la séance et affecter les joueurs aux exercices appropriés, et 1 heure pour traiter les données, créer des rapports et fournir une interprétation. Lorsque vous décidez si une technologie en vaut la peine, ne vous contentez pas de peser le prix, mais prenez également en compte le coût qu’elle exigera de toutes les personnes concernées.

Conclusion

Il est facile de penser que les nouvelles technologies vont résoudre les problèmes que nous rencontrons dans le sport. Les entraîneurs et les praticiens (notamment dans le sport amateur ou dans les organisations sportives disposant de moins de ressources et de plus petits budgets) peuvent croire que les technologies déjà utilisées dans les environnements professionnels sont la solution. En fait, si les environnements sportifs professionnels disposent souvent de budgets lucratifs et de technologies excédentaires, les technologies peuvent détourner l’attention du véritable processus de performance et prendre la poussière lorsque la mise en œuvre échoue. De nombreuses équipes réussissent avec de faibles budgets et peu de technologies. À l’inverse, de nombreuses équipes incroyablement bien financées échouent, même avec de nombreux gadgets technologiques. Nous espérons qu’en encourageant les praticiens à se poser ces 4 questions, nous aiderons les autres à éviter ce piège, en veillant à ce que la technologie qu’ils adoptent soit une aide et non un obstacle.


A propos de(s) l'auteur(s)

Johann Windt, Ph. D., est le chef de la science des données et de la performance des Whitecaps FC de Vancouver de la Ligue majeure de soccer (MLS). Il vise à rendre le travail de tous les autres plus efficace et efficient en supervisant la collecte, l’intégration et la reddition de comptes des données dans l’ensemble des opérations de soccer, y compris le dépistage et le recrutement, la science et la médecine du sport, le soccer de l’équipe première et le développement des joueurs. Avant de rejoindre les Whitecaps, M. Windt a travaillé au Comité olympique et paralympique des États-Unis en tant qu’analyste de données en médecine sportive, où il a contribué à la mise en place du programme de suivi Athlete 360. Ce programme était responsable de la charge de travail des athlètes et du suivi du bien-être autodéclaré de plus de 400 athlètes, représentant plus d’une douzaine de disciplines sportives différentes. Aujourd’hui, ses recherches et ses intérêts professionnels portent sur la façon dont la technologie et la science des données peuvent orienter la prise de décisions organisationnelle, tant dans l’environnement d’entraînement quotidien que par l’entremise de la recherche et de l’innovation à plus long terme.

Ben Sporer, Ph. D., est le vice-président de la performance au sein des Whitecaps FC de Vancouver de la Ligue majeure de soccer (MLS). En 2019, il a développé et mené la stratégie de performance intégrée pour le club de soccer en alignant les 3 piliers de l’équipe première, le développement des joueurs, et le dépistage et le recrutement, tout en optimisant l’environnement d’entraînement quotidien, la recherche et l’innovation. M. Sporer est un physiologiste expérimenté dans l’application de la science à des solutions pratiques de planification et de performance. Au cours des deux dernières décennies, il a travaillé dans de nombreux sports au niveau international et professionnel et a dirigé des équipes multidisciplinaires lors de trois Jeux olympiques. Il a également occupé des postes de direction au sein du système sportif olympique canadien.

Références

Covey, S. R. (2004). The 7 Habits of Highly Effective People: Powerful Lessons in Personal Change. Simon and Schuster.

Gamble, P., Lionel, C. et Allen, S. (2020). The illogic of being data-driven: Reasserting control and restoring balance in our relationship with data and technology in football. Science and Medicine in Football, 4(4), p. 338 à 41. https://www.doi.org/10.1080/24733938.2020.1854842

Impellizzeri, F. M. et Marcora, S. M. (2009). Test validation in sport physiology: Lessons learned from clinimetrics. International Journal of Sports Physiology and Performance, 4(2), p. 269 à 77. https://www.doi.org/10.1123/ijspp.4.2.269

Linke, D., Link, D. et Lames, M. (2018). Validation of electronic performance and tracking systems EPTS under field conditions. PLOS ONE, 13(7), e0199519. https://www.doi.org/10.1371/journal.pone.0199519

Stone, J. D., Rentz, L. E., Forsey, J., Ramadan, J., Markwald, R. R., Finomore, V. S., Galster, S. M., Rezai, A. et Hagen, J. A. (2020). Evaluations of commercial sleep technologies for objective monitoring during routine sleeping conditions. Nature and Science of Sleep, 12, p. 821 à 842. http://www.dio.org/10.2147/NSS.S270705

Torres-Ronda, L. et Schelling, X. (2017). Critical process for the implementation of technology in sport organizations. Strength & Conditioning Journal, 39(6), 54. http://www.doi.org/10.1519/SSC.0000000000000339

Windt, J., MacDonald, K., Taylor, D., Zumbo, B. D., Sporer, B. C. et Martin, D. T. (2020). ‘To tech or not to tech?’ A critical decision-making framework for implementing technology in sport. Journal of Athletic Training, 55(9), p. 902 à 10. http://www.doi.org/10.4085/1062-6050-0540.19


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