
Dans le monde du sport d’élite, l’accent est traditionnellement mis sur les mesures de performance, les régimes d’entraînement rigoureux et les stratégies de victoire. Et si le secret d’une réussite durable ne résidait pas seulement dans les prouesses physiques, mais aussi dans l’esprit? C’est là qu’intervient la psychologie positive, un domaine qui cherche à libérer le potentiel humain en favorisant la résilience mentale, le bien-être et l’épanouissement personnel.
Linda Pagani, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, décrit la psychologie positive comme étant plus qu’une simple attitude optimiste.
« Le vrai titre devrait être “la science du bien-être et du potentiel humain” », explique-t-elle.
Contrairement à la psychologie traditionnelle, qui se concentre souvent sur le diagnostic et le traitement des maladies mentales, la psychologie positive s’attache à cultiver les forces, les stratégies d’adaptation et la résilience. Dans le contexte du sport, cette approche peut changer la donne.
Au-delà du jeu : La science du bien-être
Au fond, la psychologie positive consiste à identifier et à renforcer les traits de caractère qui permettent aux individus de s’épanouir. « Il s’agit d’identifier les forces de caractère, de reconnaître ce qui est sous notre contrôle et d’apprendre à adapter les stratégies d’adaptation aux facteurs de stress perçus », explique Mme Pagani. Dans un environnement sous haute pression comme le sport de compétition, les athlètes sont souvent confrontés à des moments de doute, d’anxiété et de fatigue mentale. La psychologie du sport traditionnelle aborde ces enjeux à travers des techniques comme la visualisation, le dialogue intérieur et la pleine conscience. La psychologie positive, cependant, ajoute une autre dimension : elle encourage activement les athlètes à se concentrer sur la progression plutôt que sur les résultats.
Mme Pagani souligne le rôle essentiel de l’instant présent. « La psychologie positive met l’accent sur l’instant présent, qui est plus important que le passé ou l’avenir », explique-t-elle. Pour les athlètes, ce changement d’état d’esprit peut être transformateur. Lorsque l’anxiété de performance s’installe avant un événement majeur, la gratitude peut servir de point d’ancrage. « Je dis à mes athlètes que lorsqu’ils commencent à perdre le fil, ils doivent se concentrer sur quelque chose dont ils sont reconnaissants, explique-t-elle. La gratitude vous ramène à l’instant présent. »
De la victoire à la croissance : Un changement de perspective
L’état d’esprit de l’athlète traditionnel est souvent axé sur les objectifs : s’entraîner pour gagner, viser des records personnels et monter sur le podium. Toutefois, selon Mme Pagani, les athlètes les plus performants ne se concentrent pas uniquement sur la victoire. Au lieu de cela, ils adoptent une approche axée sur la croissance personnelle.
« Nous ne sommes pas là pour gagner un concours, dit-elle. Nous sommes ici pour nous développer. Chaque jour, chaque minute, tout ce que nous faisons vise à favoriser la croissance. »
Cette philosophie s’aligne sur ce que les psychologues du sport appellent « l’état d’esprit de croissance ». Les athlètes qui considèrent les revers comme des opportunités d’apprentissage plutôt que comme des échecs sont plus enclins à persévérer et à réussir. En percevant les erreurs comme des tremplins plutôt que comme des obstacles, la psychologie positive les aide à développer leur résilience et à maintenir leur motivation sur le long terme.
Mme Pagani utilise le concept du « voyage du héros » pour illustrer cette idée. « Lorsque vous vous considérez comme le héros de votre propre histoire, vous commencez à prêter attention à toutes les petites choses qui se produisent… les leçons tirées de l’échec, les petites victoires, le voyage lui-même », explique-t-elle. Cette approche favorise un état d’esprit dans lequel chaque victoire et chaque défi contribuent au développement personnel de l’athlète.
Le rôle des entraîneurs : Développer une culture d’équipe positive
Dans les sports d’équipe, les principes de la psychologie positive vont au-delà de la performance individuelle et façonnent l’état d’esprit collectif d’une équipe. Les entraîneurs jouent un rôle essentiel dans la promotion d’une culture du bien-être, de la motivation et de la cohésion. « Le travail d’un entraîneur ne consiste pas seulement à développer des compétences techniques », explique Mme Pagani. « Il s’agit de créer un environnement dans lequel les joueurs se sentent liés, valorisés et engagés. »

L’une des stratégies est ce que Mme Pagani appelle « pratiquer des émotions positives ». Elle encourage les athlètes à rechercher activement des moments de joie dans leur vie quotidienne. « Je demande à mes athlètes de trouver un petit moment de joie chaque jour, qu’il s’agisse de l’odeur du café le matin ou d’un rire partagé avec un coéquipier. Plus on recherche la joie, plus on en fait l’expérience. »
Cette technique est particulièrement efficace pour renforcer la dynamique d’équipe. Lorsque les athlètes apprennent à apprécier les petits moments positifs de leur sport, ils s’engagent davantage et sont plus présents à l’entraînement et en compétition. Ce sentiment d’appartenance renforce le moral de l’équipe et améliore les performances.
Les forces de caractère : la clé du succès à long terme
L’un des aspects fondamentaux de la psychologie positive est la reconnaissance des forces de caractère individuelles. Selon Mme Pagani, chaque personne possède 24 forces de caractère uniques, mais cinq d’entre elles tendent à se démarquer comme des traits de caractère déterminants. C’est ce qu’elle appelle les « points forts caractéristiques ».
« Pour moi, mes cinq principales forces sont la pensée critique, la curiosité, la créativité, l’appréciation de la beauté et de l’excellence, et la gentillesse », explique-t-elle. Identifier et cultiver ces points forts permet aux athlètes d’aborder leur sport avec une plus grande conscience de soi et un objectif plus précis. Lorsqu’ils comprennent leurs points forts, ils peuvent les exploiter pour améliorer leurs performances, gérer l’adversité et maintenir leur motivation.
En fin de compte, la psychologie positive dans le sport ne se limite pas à l’amélioration des performances athlétiques, elle favorise un état d’esprit qui permet aux individus de s’épanouir dans tous les domaines de la vie. En passant de la victoire à la croissance, de la pression à la présence et de la peur à la résilience, les athlètes peuvent exploiter leur plein potentiel sur le terrain et en dehors.
Comme le dit Mme Pagani : « Une fois que vous commencez à adopter cet état d’esprit, vous réalisez que ma perspective est complètement différente. Et cela change tout. »
En savoir plus sur Mme Pagani :
- Contexte (FR) : https://recherche.umontreal.ca/chercheur/is/in13887/